Voici un article sur le Karyukai et les Geishas, écrit par Kyomaru et moi
Le KaryukaiLe Japon, tout autant chargé de son Histoire et de sa culture, a su nous transporter au fil du temps qui passe. Pourtant s’il y a bien un art culturel qui n’a presque pas changé, c’est bien celui des Geishas.
Pour nous européens, la Geisha véhicule l’image d’une femme de mauvaise vie, de prostituée. Pourtant, cette vision ne correspond en rien à la réalité. Les Geishas sont les gardiennes d’un art des plus anciens, se transmettant de Geishas en Geishas depuis plusieurs siècles. Ce ne sont en rien des prostituées, mais plutôt des femmes détentrices d’un art qui sut rester pour nous autres Gaijins, totalement inconnu.
Au Japon, trois types de femmes sont reconnus par les hommes :
- L’épouse pour la descendance de la famille,
- La Geisha pour son art d’hôtesse,
- L’Oiran pour sa connaissance parfaite des 48 positions du Kamasutra
C’est avec cet exposé que vous allez découvrir le monde secret des Geishas.
LE KARYUKAIEst appelé Karyukai au Japon le quartier des Geishas, surnommé également « demi-monde ». Les Geishas sont les seules gardiennes de ce monde entouré de mystères et de règles strictes.
Dans l’archipel nippon, il existe 5 Karyukai :
- 1 à Tokyo, appelé « Yoshiwara » (« Lieu où la fleur tombe ») ;
- 2 à Kyoto (ancienne capitale du Japon), appelés « Gion-Kobu » et « Pontocho » ;
- 1 à Osaka, appelé « Shin-Machi » ;
- 1 à Osaka (seule ville portuaire du Japon à être rester ouverte au monde extérieur sous l’ère Edo), appelé « Maruyama ».
L’Hanamachi désignes une communauté de geishas dans le Karyukai.
La Mama-san est la patronne de l’Okiya (maison de Geishas et de prostituées). Elle régit l’emploi du temps des Geishas, fais les comptes, entretient l’Okiya. Elle doit assurer par ailleurs la succession de l’Okiya, en choisissant son héritière parmi ses Geishas.
Histoire du Karyukai La profession de Geisha apparut en 1750. A l’époque, c’étaient des femmes qui animaient les banquets dans les maisons de thé en jouant de la musique, en chantant, en dansant et en répondant à tous les désirs de leurs clients marchands ou Samurais. Elles se distinguaient des courtisanes par leur relative simplicité, maniaient les arts avec grâce, mais refusaient de sacrifier leur corps.
Le gouvernement laissa les Geishas travailler dans les quartiers de plaisirs tout en les encadrant dès 1779 avec la mise en place de bureaux officiels d’enregistrement et de gestion de la profession. Elles obtinrent ensuite des licences dans toutes les villes, y compris la capitale impériale Kyoto.
En 1853, le commodore américain Perry accosta au Japon et imposa l’ouverture portuaire du pays. Les Samurais se divisèrent sur la politique à suivre pour résister. Certains quartiers de Geishas accueillerent et protégèrent alors des Samurais des fiefs du Sud-Ouest pourchassés par le Shogun. Finalement, après des années de guerre civile larvée, les Tokugawa furent destitués en 1868 et tous les pouvoirs revinrent à l’Empereur Meiji.
En 1872, le nouveau gouverneur remodela les Karyukai afin de satisfaire les exigences puritaines des Gaijins occidentaux et de circonscrire les dérives. La prostitution fut étoitement régulée. Les Geishas eurent un statut assoupli, tout en restant dépendants des maisons pour lesquelles elles travaillaient. Les plus raffinées migrèrent vers Tokyo, nouveau siège du pouvoir. Ce fut leur age d’or, l’époque ou fréquenter les Geishas était le comble du raffinement. Elles étaient les tenantes du charme et du bon goût.
En 1910, les japonais commencèrent à écouter les musiques occidentales, les femmes délaissèrent leurs kimonos au profit de robes, les bars éclairés au néon proliférèrent, l’urbanisation s’accéléra. Les Geishas parurent alors décalées avec leurs chignons sophistiqués et astreignants, leurs instruments de musique traditionnelle, leur mentalité. En 1930, on ne comptait plus que 70 000 Geishas dans tout le pays, contre 100 000 « hôtesses de bar ». Elles hésitèrent longtemps à disparaître, puis, finalement, décidèrent de perpétuer les traditions, en se repliant sur leur passé prestigieux, à l’écart des modes venues de l’étranger.
La défaite de 1945 plaça le Japon sous le contrôle du général américain MacArthur, qui parvint à abolir la prostitution en 1957. Il réforma également le statut des Geishas, qui devinrent dès lors indépendantes.
En 2006, on ne compte plus que 200 Geishas à travers le Japon.
LES GEISHAS Le mot Geisha provient étymologiquement de l’association de « Gei » (arts) et « Sha » (personne). La Geisha représente donc « la personnes des arts ».Elle a un rôle très important au sein du Karykai.
La Geisha a pour rôle de divertir les clients fortunés, sans jamais se prostituer. Elle est une hôtesse qui doit divertir grâce à ses talents artistiques, qui regroupent la danse, le chant, la calligraphie, la cérémonie du thé (Chanoyu),la poésie et la conversation.
La Geisha est considérée comme une œuvre d’art vivante, et ne doit en aucun cas sacrifier son corps aux avances du client.
Hiérarchie des Geishas 1) La Kamuro
Une petite fille devient Kamuro une fois achetée par la Mama-san, patronne d’une maison de Geisha. En effet, au sein des familles pauvres et ruinées, le seul moyen de s’acquitter de ses dettes, qui pouvaient par moment atteindre le million de Yens, était de vendre les petites filles de la sorte. La dette d’achat de la petite fille s’allonge alors au fil de l’apprentissage, et sera remboursé par le travail de Geisha au sein de la maison.
Ainsi, une fois achetée par la Mama-san, la Kamuro devient apprentie Geisha pendant 9 ans (de 6 à 14 ans). Pendant cette période, elle fréquentera les écoles pour jeunes filles du quartier du « demi-monde ».
Les petites Kamuro doivent seconder leurs sœurs aînées, les Geishas, et ne doivent jamais leur refuser une requête, sous peine d’être mal vues dans leur métier futur. Ainsi donc, la petite apprentie doit briquer quotidiennement l’Okiya, doit frotter le dos de son aînée pendant sa toilette, lui laver les cheveux ou encore lui porter son instrument de musique lors de leurs déplacements pour des Zazikki (réception privées dans les Okiyas). Le principal interdit de la jeune Kamuro est de ne pas ouvrir la pièce où les prostituées effectuaient leurs passes avec leurs clients, au moment de monter le Thé Matcha (thé vert de qualité supérieur utilisée pour la cérémonie du thé). Elle doit alors laisser la théière en haut de la dernière marche, où une Hangyo Geisha prend le relais.
L’apprentissage de la Kamuro est d’apprendre à devenir soit hôtesse, soit prostituée. Si cette dernière choisit de devenir hôtesse, elle apprend l’art de tenir une maison propre, l’art de l’Ikebana (la composition florale), le dans classique (Buyo) ou dramatique (Noh), le Ko-Uta (chant populaire très court sur un air de Shamisen), le Guidayu (chant japonais), la Cérémonie du thé, les Haiku satiriques (poèmes très courts composés de vers de 5,7,5 syllabes), l’origami, ou encore l’apprentissage d’un instrument de musique traditionnelle comme le Koto, le Shamisen, le Taiko, le Biwa, le Sakuhachi, etc…
2) Les Hangyo Geisha
A l’age de 13 ans, la jeune apprentie devient alors Geiko, appelée aussi Hangyo Geisha. Cette dernière doit alors passer un diplôme. Pendant son apprentissage, elle est rémunérée de moitié par rapport à son aînée Geisha. Cependant, à ce stade de l’apprentissage, elle n’a pas le droit le porter le maquillage traditionnel des Geishas.
La Geiko doit seconder son aînée Geisha, jusqu’au passage de son diplôme de Geisha d’état. Elle doit pour cela avoir une connaissance parfaite de son art de future hôtesse pour devenir une bonne Maiko. En cas d’échec à l’examen, elle doit se re-perfectionner pendant 3 mois, et retenter d’obtenir son diplôme.
A l’age de 15 ans vient l’heure pour la Geiko de passer la cérémonie du Mizuagé (« Montée des eaux »), dont la plupart des Geishas gardent souvent un mauvais souvenir par la suite. Ce rituel, toujours existant de nos jours, signe le passage de la petite fille à la femme. A cette occasion la virginité de la jeune apprentie est vendue pour une somme mirobolante à un client fortuné choisit par la Mama-san de l’Okiya à laquelle elle appartient. La Geiko ne peut se refuser au client, au risque de se faire sévèrement punir et battre par la Mama-san. Ce rituel dure environ 6 mois, durant lesquels la Geisha apprend le plaisir charnel avec son client.
3) La Jikata
Geiko musicienne
4) Les Maikos
Une fois qu’elle obtient son diplôme, l’apprentie Geisha devient Maiko. Elle est alors chaperonné par une de ses sœurs aînées, l’Onee-Sama (« grande sœur »), qui lui apprend tous les secrets de son art d’hôtesse.
Lors de son entrée dans le « demi-monde », la Maiko a alors le droit à une parade, où à cette occasion elle demandera les faveurs des Mama-san des autres Okiya et des patrons d’établissement où travaillent les Geishas (Osen, maison de thé). Ainsi, la Maiko pourra, grâce à ses talents d’hôtesse, travaillent en dehors des lieux rattachés à son Okiya.
5) La Geisha
Enfin, vers l’age de 21-22 ans, la Maiko deviens Geisha. Elle atteint alors le stade ultime de son statut d’hôtesse. Au Japon, la plupart des jeunes Geisha reste dans le métier jusqu’à la fin de leur vie.
Dans les quartiers des plaisirs, il était interdit aux Geishas de voler le travail des prostituées. Si l’une d’entre elles était prise sur le fait, la maison à laquelle elle appartenait fermait, ainsi que les deux établissements voisins.
La Geisha doit trouver son Dana, c’est-à-dire son protecteur attitré. Celui-ci a à sa disposition prioritaire la Geisha, à qui il verse une somme d’argent, dont un pourcentage à la Mama-san. Le Dana est une sorte de parrain pour la Geisha, qui pouvaient être à l’époque un riche homme d’affaire ou un grand guerrier samurai très coté.
6) Le Taikomochi
Le Taikomochi est l’homme Geisha, même s’il a un grade bien en dessous de ses consoeurs Geishas féminines. Contrairement aux Geishas, le Taikomochi est un homme qui conte des légendes et histoires, mime la vie quotidienne. C’est également un humoriste hors pair. Son apprentissage dure 10 ans, pendant lequel il est logé chez un patron qui lui apprend son art de Taikomochi. Comme les Geishas, il doit remplir des obligations comme les taches ménagères, la garde des enfants…
Une fois reconnu dans le « demi-monde », le Taikomochi est encore dépendant de sa maison pendant 2 ans, et doit reverser à son maître la moitié de ses gains. Un Taikomochi était reconnu indépendant au bout de 30 ans de carrière.
Les arts des Geishas - La Danse,
- Le Chant,
- La Musique,
- La Poésie,
- Le Festival des Geishas,
- L’Origami,
- La Conversation,
- Les Jeux Traditionnelles.
Les Statuts sociaux des GeishasIl existait quatre types de statut social à l’époque où le métier de Geisha vu le jour :
1) Geisha indépendante (Geisha qui louait son nom à une Okiya),
2) Geisha de la Cour Impériale, chargée de divertir la cour impériale,
3) Geisha du peuple, chargée de distraire les riches commerçants et Samurai dans les Karyukais
4) Geisha révolutionnaire, dont le rôle est de cacher les Samurai au sein des Karyukai au temps de l’ère Heian où le Shogun Tokugawa faisait rage.
Les Kimonos Le kimono représente la vie de la Geisha, sans celui-ci elle ne peut plus travailler. Au Japon, le kimono est considéré comme un bijou, ce qui explique notamment ne porte pas de bijoux (au sens où nous autres Gaijins l’entendons) sur elles.
La Geisha porte la moitié de son poids plume en kimono, soit environ 20kg. Ce rituel a été mis en place à l’époque pour que les Geishas ne puissent pas s’enfuir. Chaque détail devait être mis harmonieusement au risque de déséquilibrer la Geiko. Tous les jours, un habilleur ou deux (les seuls hommes autorisés à entrer dans les Okiya) venaient habiller les Geishas.
Trois types de kimonos sont présents dans le quotidien des Geishas : le Furisode, le Kosode et le Tomesode. Chacun d’entre eux coûte une petite fortune, les plus onéreux étant enfermés dans des coffres à la banque jusqu’au jour des festivités. Ainsi, chaque Geisha possède l’équivalent de 50 000 à 250 000 euros de kimonos, offerts soit par le Dana soit par les clients.
Les Tabi sont des chaussettes japonaises que les Geishas devaient impérativement portées. En effet, seules les prostituées montraient leurs pieds pour montrer leur sensualité aux clients potentiels.
Les ornements, peignes et Kanzachis sont faits de Jade et de rocaille. Ils sont facultatifs pour la coiffure des Geishas.
La Coiffure Durant leur apprentissage, les Geishas changent de coiffure. Elles vont chez des coiffeurs spécialisés. Leurs coiffures sont faites soit avec leurs vrais cheveux, soit avec parfois des perruques. Chaque coiffure réalisée est faite à l’aide d’huile de Camomille, car elle doit pouvoir tenir une semaine.
Chaque soir, au moment du coucher, pour discipliner la Geisha, la Mama-san appose un cercle de farine de riz ou du riz japonais autour de la Geisha. Si celle-ci avait le malheur de tomber dedans le matin, elle avait le malheur de repartir pour une nouvelle séance de torture chez le coiffeur.
Le Maquillage Le maquillage des Geishas est fait à base de riz appelé Oshiroi, dont elles se blanchissent le visage et le dessus des mains. Avant chaque application, elles se désincrustent les pores de la peau à l’aide d’une éponge végétale et de blanc d’œuf, puis elles appliquent le Oshiroi, le rouge à lèvres et enfin le crayon noir. Enfin, pour éviter d’écailler son maquillage, elle passe de temps à autre une fiche couche de poudre de riz.